Assurance vie
Retraite : les Français savent qu’il faudra épargner, peu passent à l’acte
Deux enquêtes convergent. La confiance dans le système par répartition s’effrite, mais l’épargne retraite personnelle reste une intention plus qu’une habitude, en France davantage qu’ailleurs.
27 %. C’est la part des épargnants français qui envisagent de commencer à investir dans les douze prochains mois, selon la troisième édition de l’étude « Decoding Investors » d’Amundi, menée auprès de 18 000 personnes dans 26 pays. Au Danemark, la proportion grimpe à 79 %, à Singapour à 73 %. La France arrive en queue de peloton, alors même que ses habitants se disent massivement inquiets pour leurs pensions.
L’enquête OpinionWay réalisée pour Finary auprès de 2 500 personnes mesure cette inquiétude. 87 % des Français se disent préoccupés par l’avenir des retraites. 76 % des actifs ont le sentiment de cotiser pour un système dont ils ne profiteront jamais, et 75 % s’attendent à toucher moins que leurs parents. Le terrain date de janvier 2026, mais le sujet revient au premier plan avec le projet de budget pour 2027 et la campagne présidentielle.
Le détail des réponses nuance le catastrophisme apparent. 72 % des sondés estiment que le système peut encore fonctionner, mais 30 % seulement le jugent réellement pérenne. 42 % lui donnent quelques années, 28 % considèrent qu’il ne fonctionne déjà plus. Le clivage entre générations ressort nettement : 55 % des Français pensent que les décideurs publics s’occupent davantage des retraités que des jeunes, une opinion partagée par 71 % des 18-24 ans et 75 % des 25-34 ans. La retraite garde pourtant une image flatteuse. Pour 97 % des sondés, elle évoque des notions positives, d’abord le temps libre, cité par 76 % d’entre eux.
Une défiance qui ne débouche pas sur l’épargne
Les chiffres dessinent un paradoxe. 70 % des sondés jugent le régime par répartition intenable à long terme et 85 % estiment les responsables politiques incapables de le réformer durablement. Pourtant, 45 % des actifs pensent encore que leur pension sera assurée par l’État, une proportion qui monte à 86 % chez les retraités. Seuls 38 % des actifs ont commencé à préparer financièrement leur retraite, par l’épargne ou des placements, et 15 % considèrent que ce n’est pas une urgence.
Le manque d’information pèse lourd. 61 % des actifs se disent mal informés sur leur future retraite, 69 % chez les femmes. Les sondés situent en moyenne à 64,6 ans l’âge de départ nécessaire pour toucher une pension décente. Sur le terrain de la solidarité entre générations, le verdict est net : 74 % des retraités refusent une baisse de leur pension, même si elle garantissait une retraite aux générations suivantes.
Amundi arrive au même constat par un autre chemin. Les personnes interrogées estiment que 42 % de leurs revenus à la retraite viendront de leur épargne et de leurs placements, devant les pensions publiques et les régimes d’entreprise. Mais seuls 36 % citent la retraite comme un objectif prioritaire de leurs investissements, 34 % en Europe. Et parmi eux, 23 % seulement se sentent très confiants dans leur capacité à financer leurs vieux jours, contre 26 % un an plus tôt. La peur de perdre de l’argent freine 39 % des épargnants, qui gardent alors bien plus de liquidités que nécessaire.
Le conseil change la donne
Le principal écart relevé par Amundi ne passe pas entre pays, il sépare les épargnants conseillés des autres. La moitié de ceux qui ont recours à un conseiller professionnel se disent très confiants pour leur retraite, contre 14 % de ceux qui n’en ont jamais consulté. L’étude pointe aussi un décalage entre assurance et compétence : 70 % des investisseurs qui se qualifient d’« experts » échouent à trois questions élémentaires de culture financière.
Les nouveaux canaux progressent. Sept investisseurs sur dix ont déjà utilisé l’intelligence artificielle pour éclairer une décision d’investissement, et près d’un sur deux, 46 %, cherche de l’information auprès d’influenceurs. Les Français s’en tiennent davantage à distance, avec 28 % seulement. « Le défi n’est donc pas uniquement financier : il est aussi pédagogique », estime Mounir Laggoune, cofondateur de Finary, dont l’entreprise vend précisément des solutions d’investissement aux particuliers.
Les deux études se rejoignent sur un point. Les Français ont compris que la pension publique ne suffira pas, mais ce constat ne se transforme en versements réguliers que chez une minorité, souvent accompagnée. Le PER (plan d’épargne retraite), l’assurance vie et le PEA (plan d’épargne en actions) existent depuis des années ; c’est le passage à l’acte qui manque.

